Poésies, coups de coeur, coups de gueule,amour des mots et de leur situation.
Millet avait bien su capturer la beauté
Des femmes à genoux comme avant la prière,
Celles qui battaient l'eau, troublant sa pureté,
Celles qu'on appelait les belles lavandières.
Enfant combien j'aimais ces journées au lavoir,
Le chahut des sabots, les brouettes fumantes,
Les potins du village au rythme des battoirs,
Les gestes grâcieux de ces têtes penchantes.
Le clapotis de l'eau se mirait sur les fronts.
Les bras blancs épousaient une même cadence.
Des mèches de cheveux s'échappaient des chignons,
Flottant dans la lumière en fluide mouvance.
Le courant galopait sur les doigts aguerris.
Tous les soleils de plomb, tous les vents de galerne
A toujours revenir, avaient endolori
Les visages abrupts mais non les balivernes.
Armande la boîteuse en roulant ses quinquets
Rapportait les cancans des hauteurs du village.
Le Marcel buvait trop chez le petit "Riquet"
Et devant le facteur Marthe ouvrait son corsage.
Oh ! mon cher vieux lavoir, tombé dans le silence
A peine interrompu par la chanson du vent
Dont l'écho sur les murs et les ronces si denses
Murmure tous les mots prononcés si souvent,
Je ne t'oublierai pas,
Quand l'ultime tempête
Un jour t'emportera.